À la suite de l’émission de Temps Présent consacrée aux difficultés vécues par certains apprentis, les milieux économiques neuchâtelois souhaitent prendre leur part au débat avec un regard de terrain, nourri par l’engagement des entreprises formatrices et par une enquête de la Haute école de gestion ARC. Celle-ci livre des résultats clairs : 8 apprentis sur 10 se déclarent bien à très bien dans leur entreprise. Ces constats fondent une conviction forte : il faut écouter les jeunes et agir lorsque des problèmes apparaissent, tout en préservant un modèle de formation qui demeure l’une des grandes forces de notre canton.
Reconnaître les difficultés sans généraliser
Les témoignages d’apprenties et d’apprentis en souffrance doivent être entendus. Lorsqu’un jeune se sent démuni, humilié, insuffisamment accompagné ou empêché de parler, la situation appelle une attention immédiate. Une entreprise formatrice est un lieu de transmission, d’encadrement et de confiance : chaque cas problématique est un cas de trop.
Mais reconnaître ces situations ne signifie pas généraliser. L’apprentissage dual reste l’une des grandes forces de la Suisse. Il permet à des milliers de jeunes d’acquérir un métier, de gagner en autonomie et de construire un avenir solide. Dans le canton de Neuchâtel aussi, ce modèle repose sur l’engagement quotidien d’entreprises qui forment avec sérieux.
Des données qui invitent à la confiance
C’est pour objectiver le débat que 26 associations économiques et professionnelles neuchâteloises ont souhaité disposer d’une photographie précise du terrain. L’enquête de la HEG Arc auprès de 662 apprentis neuchâtelois et 478 entreprises formatrices apporte un éclairage essentiel. Elle montre que 80% des apprentis se sentent bien à très bien dans leur entreprise, 14% ni bien ni mal et 6% mal à très mal. Elle confirme aussi que la plupart des entreprises formatrices considèrent la formation comme un investissement dans l’avenir.
L’étude met aussi en évidence un élément rassurant : 60% des apprentis déclarent n’avoir jamais rencontré de difficultés sur leur lieu de travail. Parmi celles et ceux qui en signalent, les problèmes relèvent surtout d’aspects professionnels — relations avec le formateur, charge de travail, organisation ou relations interpersonnelles — ou personnels, comme la fatigue, la santé ou les difficultés scolaires. Chaque type de problème concerne toutefois moins de 10% des apprentis sondés. Ces constats permettent de replacer les difficultés dans leur juste proportion et d’alimenter un débat fondé à la fois sur des témoignages individuels et sur des données plus larges. Ils doivent aussi conduire à porter un regard critique sur les mesures à disposition des apprentis qui ressentent le besoin de parler ou de dénoncer leur situation : les outils existent et méritent avant tout d’être mieux connus, ou adaptés aux générations ultra connectées. Dans cet esprit, les associations mandantes de l’étude sont prêtes à examiner, avec les partenaires concernés, des pistes simples et concrètes, pour autant qu’elles restent faciles à mettre en œuvre, sans alourdir les démarches administratives des entreprises formatrices ni générer de coûts supplémentaires.
Protéger les jeunes et soutenir les entreprises formatrices
La protection des apprentis et la confiance envers les entreprises formatrices ne sont pas contradictoires : elles se renforcent mutuellement. Un apprentissage réussi suppose des jeunes bien informés, des formateurs disponibles, des entreprises soutenues et des autorités capables d’intervenir lorsque c’est nécessaire. C’est cette chaîne de responsabilité qui fait la force du système dual.
Les milieux économiques neuchâtelois sont favorables à des améliorations ciblées : mieux faire connaître les interlocuteurs auxquels les apprentis peuvent s’adresser, renforcer l’accompagnement des petites entreprises formatrices, encourager les bonnes pratiques et intervenir rapidement en cas de difficulté. La priorité doit être d’améliorer le système avec les entreprises, sans installer un climat de méfiance généralisée.
Former un apprenti demande du temps, de l’énergie et des ressources. Pour de nombreuses PME et entreprises artisanales, cet engagement représente un véritable effort. Les mesures envisagées doivent donc renforcer la qualité de la formation sans décourager celles qui ouvrent leurs portes aux jeunes.
Porter un message de responsabilité et d’apaisement
Dans un contexte sensible, la tentation peut être grande d’opposer défense des apprentis et défense des entreprises. Ce serait une erreur. Les milieux économiques neuchâtelois veulent porter un message simple : écouter les jeunes, corriger les failles lorsqu’elles existent et préserver un modèle qui a largement fait ses preuves.
Cet état d’esprit n’est pas une posture défensive, mais une responsabilité collective. Le canton de Neuchâtel a besoin d’entreprises formatrices. Il a aussi besoin d’apprentis motivés et capables de demander de l’aide en cas de difficulté. Ces deux exigences vont de pair.
Construire la suite avec confiance
La grande enquête menée offre une base solide pour avancer. Elle montre que la situation globale est positive, tout en rappelant que la qualité de l’apprentissage doit rester une préoccupation permanente. C’est à partir de cette réalité équilibrée — sans angélisme ni défiance — que des solutions utiles pourront être trouvées.
Les associations économiques et professionnelles neuchâteloises continueront à s’engager pour une formation professionnelle de qualité, en partenariat avec les écoles, les autorités, les jeunes eux-mêmes et leurs familles. Car l’apprentissage n’appartient à aucun camp : il appartient à celles et ceux qui veulent transmettre, apprendre et construire l’avenir du canton.
Les prochaines semaines offriront aussi l’occasion de montrer une autre facette de l’apprentissage. Du 10 au 16 septembre, Capa’Cité, le Salon des métiers neuchâtelois, permettra à de nombreux jeunes de découvrir la richesse des formations professionnelles. Sur les stands, des apprenties et apprentis fiers de leur parcours partageront leur expérience et encourageront d’autres jeunes à choisir la voie duale.
À la fin du mois de septembre, le canton suivra aussi le parcours d’Augustin Mettraux aux WorldSkills. Le Vaudruzien y défendra les couleurs helvétiques en menuiserie. Là encore, l’apprentissage donnera à voir un jeune professionnel formé dans un métier concret, exigeant et porteur d’avenir, capable de représenter son canton et son pays sur la scène internationale.
Rassurer ne veut pas dire minimiser. Défendre l’apprentissage ne veut pas dire ignorer les difficultés. L’enjeu est de maintenir la confiance tout en renforçant les points d’appui. Les chiffres de l’enquête le rappellent : 80% des apprenties et apprentis se sentent bien à très bien dans leur entreprise, 14% ni bien ni mal et 6% mal à très mal.
À côté des situations à prendre au sérieux, il existe de nombreuses réussites, des vocations qui naissent, des jeunes qui progressent et des entreprises qui transmettent avec fierté. Ces belles images de l’apprentissage, dans les entreprises formatrices, à Capa’Cité ou aux WorldSkills, méritent elles aussi d’être entendues et relayées.
Liens
Temps Présent du 27 août (émission)
Article RTS, suite à la diffusion de l'émission Temps Présent du 27 août
Autre lien
Source photos : RTS, captures d'écran de l'émission « Temps Présent » du 27 août 2026








